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Yves de la Haie vu par Bernard Miège

Mis à jour le 27 juin 2011

Yves de la HAYE : des apports toujours actuels.

Yves de la Haye (1946-1983) a mené parallèlement des études de journalisme et de sociologie, les unes sanctionnées par un diplôme de l'Ecole Supérieure de Journalisme de Lille, les autres par un Doctorat de Sociologie auprès de ce qui était l'Ecole Pratique des Hautes Etudes (6e section), sous la direction (prestigieuse) de Roland Barthes.

S'il a eu assez peu l'occasion de pratiquer le journalisme comme professionnel, l'information et la communication ont été pour lui des préoccupations constantes, soit comme formateur, soit comme chargé d'études. À la fin de 1975, il rejoint l'université de Grenoble 3 où, comme Maître Assistant, avec quelques pionniers, il prend part à la fondation d'une des premières filières de 2e cycle de formation en sciences et techniques de la communication.

La formation, très rapidement, ne suffit pas à son activité d'universitaire ; elle lui paraît en tout cas indissociable de la recherche et de la production critique de connaissances. Il est ainsi dès 1977 co-fondateur du Groupe de Recherche Socio-Economiques sur la communication, qui deviendra plus tard le Gresec, Groupe de Recherche sur les Enjeux de la Communication. Par ailleurs, Yves de la Haye, qui n'avait rien d'un intellectuel « en chambre », a manifesté un intérêt constant et militant pour les médias alternatifs (radio, vidéo d'intervention, presse alternative) dont le rôle social était plus affirmé qu'aujourd'hui.

Il disparaît au début de 1983, non sans laisser divers articles et surtout trois ouvrages parmi lesquels deux posthumes dont la publication a été préparée par ses amis. On se plaît à reconnaître l'étonnante actualité de ces livres et la capacité de leur auteur à développer une critique ouverte de la communication ; il s'agit de :
  • Marx and Engels on the means of communication, IG/Immrc, New York/Bagnolet, 1980.
  • Dissonances - Critique de la communication, La Pensée Sauvage, Grenoble, 1984.
  • Journalisme, mode d'emploi. Des manières d'écrire l'actualité, Ellug- La Pensée Sauvage, 1985 (dont une édition récente vient d'être publiée chez L'Harmattan en 2006 avec une nouvelle Préface-Présentation).


Ces 3 ouvrages proposent au lecteur des éléments clé de la pensée d'Yves de la Haye, formulés, faut-il le souligner, au moment où émergeait seulement la communication moderne au sein des sociétés capitalistes dominantes.

Le premier ouvrage recense toute une série de textes de K. Marx et de F. Engels sur les moyens de communication et leur contribution au développement du capitalisme : essentiellement la monnaie, les transports, les relations d'échange, les relations sociales, les langages, … Il comprend une longue introduction qui se présente comme une contribution à une analyse matérialiste des médias où l'auteur entend montrer que la communication ne saurait être réduite à une pure idéologie, à un simple échange de messages et à des relations inter- individuelles, perspectives qui étaient alors celles de la sociologie dominante (et ajoutons : qui sont encore très largement celles de beaucoup d'auteurs contemporains et qui sont encore majoritairement présentes dans les réflexions de sens commun et chez les publicistes). La communication (comprenons l'information - communication) n'est donc pas seulement une vaste industrie superstructurelle, elle est une activité sociale qui donne forme aux activités sociales d'échange et qui contribue à leurs changements. Participant autant aux forces productives qu'aux rapports sociaux de production, elle a un double rôle :
1 - « l'information est au capital ce que le lubrifiant est à la machine : il circule dans celle-ci, irrigue toutes ses parties frottantes, et a pour fonction de limiter les échauffements et de supprimer les grincements » ;
2 - « l'appareil de communication peut être compris comme un ensemble de réseaux (pas seulement les réseaux techniques mais aussi les journaux, B. M.) participant à la transmission régulière des messages qui permettent aux individus de faire des ajustements dans leurs connaissances, jugements, conduites, alliances et stratégies en fonction de connaissances, de jugements, de conduites, d'alliances et de stratégies extérieurs. ».

Dans Dissonances, recueil de 11 articles (dont certains en collaboration), on retrouve exprimées ces mêmes préoccupations, mais aussi une préoccupation forte pour l'histoire des médias, non en eux-mêmes mais dans leur procès d'inscription dans les rapports sociaux ; un intérêt pour les médias locaux, et particulièrement la radio (à propos de laquelle il avait rassemblé les matériaux pour une analyse restée à l'état d'ébauche) ; un souci de procéder à une critique précise et argumentée des initiatives et projets du PS en matière d'information ; l'analyse de l'émergence de la communication publique (et pas seulement celle de l'État) ; l'insistance sur la « formation des esprits » et le traitement idéologique de la préparation des futurs marchés des télécommunications ; ainsi qu'une dénonciation de la reprise au sein des sciences de la communication de courants théoriques nord- américains ; et une étude des contradictions que soulève au sein de l'Université et au-delà, la création des premières filières de formation professionnalisées à la communication.

Le troisième ouvrage, Journalisme mode d'emploi : des manières d'écrire l'actualité peut à première vue paraître plus académique. Il est en effet une réécriture de la Thèse de Doctorat d'Yves de la Haye, qui en avait revu et réduit le texte original. Dans une perspective proche de Gramcsi, il indique comment l'écriture de presse, (la presse, sensible aux mouvements d'idées et apte à pénétrer tous les pores de la société, est le ciment de la formation sociale), est « apte aux tâches de rejointement qui se présentent sans cesse ». Très critique envers les analyses de contenu des discours de presse, alors hégémoniques et toujours vivaces, il s'intéresse aux rubriques, aux formes de discours dominants, aux registres d'écriture, tels que formés depuis les débuts de la presse de masse, et montre comment ces écritures tendent ainsi à banaliser les discours, à dépouiller l'actualité de ses aspects contradictoires et à « réglementer » les événements. Du point de vue méthodologique, cette approche sociologico- sémiotique était incontestablement originale ; elle le demeure aujourd'hui même si elle contient des marques disons structuralistes, peu habituelles désormais.

Ces différents textes gardent toute leur pertinence pour qui cherche à comprendre les mouvements profonds de l'information - communication, par delà les déclarations de surface, les effets d'annonce et les bouillonnements du temps court.
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