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Groupe de recherche sur les enjeux de la Communication Groupe de recherche sur les enjeux de la Communication

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Tics et territoires

Mis à jour le 22 novembre 2011

Isabelle Pailliart

Ce thème a été traité par plusieurs chantiers au sein du Gresec (dans le cadre de recherches et d’expertise menées pour la Datar, dans le cadre de travaux auprès du Plan Urbain, pour l’Etablissement public de l’Isle d’Abeau…). Il a également donné lieu à plusieurs publications (articles, communications, ouvrages). Il est difficile de faire émerger des résultats concernant la question de l’insertion sociale des techniques au sein des territoires, cependant des récurrences dans l’approche choisie émergent dans le cadre de travaux menés le plus souvent collectivement.

Cinq points sont dégagés :

1. Une part importante des recherches est consacrée à l’identification des discours d’acteurs et plus particulièrement les discours d’élus locaux, du personnel territorial et des professionnels (de la communication, de l’aménagement…) des responsables associatifs et de manière beaucoup plus faible les opérateurs. Cette posture rencontre d’abord un avantage méthodologique, utile lorsque commence une nouvelle recherche parce que ce repérage permet de mettre à distance l’objet analysé. Les discours des acteurs recouvrent plusieurs dimensions. Ils se présentent :
-comme un indicateur des univers de référence des acteurs permettant ainsi d’identifier les actions et les objectifs politiques,
-comme une modalité de « préparation des esprits » des habitants (et l’objectif, comme un argumentaire, est de faire passer une conviction en vue de produire un effet d’entraînement, --comme une première forme d’appropriation (de ce qui semble flou, vague, inconnu) et enfin -comme une construction des usages par anticipation. Mais l’étude des discours ne peut être qu’un des éléments d’une grille de lecture. En tant que telle, elle ne produit du sens que mise en relation avec d’autres « indicateurs ». Ainsi la production discursive qui accompagne et modèle l’insertion des Tics pourrait-elle apparaître comme une rhétorique spécifique.

2. L’importance de la contextualisation des techniques (ou de la mise en situation) est sans doute une des spécificités des travaux sur les territoires (considérés comme espaces de pratiques). La contextualisation est ainsi liée à l’identification des stratégies d’acteurs (formulées, cachées ou peu explicites, et ceci même pour les acteurs eux-mêmes). Cette « marque de fabrique » du Gresec sous-entend la prise en compte de la temporalité des actions propre de chaque acteur (à quel moment de l’histoire d’une institution la mise en œuvre des Tics apparaît-elle ?) et du même coup cette mise en œuvre devient dépendante de stratégies pré-existantes (ainsi les pratiques d’information des collectivités territoriales trouvent leur traduction dans la mise en œuvre d’un site internet).

3. Les modalités d’insertion sont dépendantes des acteurs qui les portent plus spécifiquement. Elles conduisent donc à s’interroger sur les logiques internes de telle ou telle structure : organisation des services, stratégie personnelle d’un responsable administratif ou politique ou associatif, les capacités d’expertise de tel ou tel groupe… L’insertion se développe donc à partir de l’existant : souvent centrée sur l’analyse des évolutions, la mise en œuvre des projets techniques demeure cependant dépendante du poids des structures, même dans leur volonté de changer ou de faire évoluer des situations.

4. La question de l’insertion sociale met également en évidence la nouveauté ou du moins les potentialités de renouveau. Certes ces dernières semblent d’abord techniques mais elles offrent l’occasion pour les acteurs d’un repositionnement. En mettant en jeu des attentes, en ouvrant des espaces d’incertitude, l’objet technique projette les acteurs dans des objectifs. L’insertion sociale introduit une forme de déstabilisation des modalités de fonctionnement des acteurs et des structures qui peut profiter à certains d’entre eux et être utilisée pour se positionner ou se repositionner dans un secteur. Par exemple, dans le cadre des collectivités territoriales, les Tics offrent, à l’heure actuelle, l’opportunité pour les échelons régionaux de se manifester et de prendre un pouvoir vis-à-vis des autres collectivités. Il y a donc des ouvertures qui se présentent et qui permettent de redistribuer les places et les légitimités.

5. L’étude de l’insertion sociale des techniques de communication au sein des territoires induit la prise en compte d’une diversité d’acteurs. Dans ce cadre –territorial- plus que dans d’autres domaines, les Tics sont au cœur de situations de partenariat ou de concurrence, d’alliances et de contrats. Leur mise en œuvre met en jeu une imbrication des acteurs qui introduit une complexité dans l’analyse. Là encore, la tendance pour les pouvoirs locaux à conclure des partenariats se présente comme une forme de « gouvernance » mais la mise en œuvre des Tics semble renforcer cette modalité de gestion des affaires locales (du fait des coûts, des incertitudes) ;

6. Plus généralement la notion d’insertion interroge sur les processus en cours et pose donc la question de la temporalité. Et cela à plusieurs niveaux : par exemple entre l’instant des déclarations d’intention, le moment de la mise en œuvre et la période des pratiques, les temporalités des discours et des actions sont fort variables. Du coup, pour le chercheur, il faut choisir une durée. Et selon celle-ci, les analyses sont différentes : le rapport Etat-collectivités territoriales varie selon les dates choisies et la période observée : les dernières années laissent supposer l’émergence d’un nouveau pouvoir : celui des régions et la montée en puissance des collectivités territoriales dans le domaine des télécommunications et des Tics. Sur une longue période, l’Etat semble maintenir la même attitude et les mêmes pratiques vis-à-vis des pouvoirs locaux, comme une mise à distance.

Finalement l’insertion sociale pose la question du changement dans les sociétés ou dans les groupes. Ainsi au sein des territoires, l’expression « insertion sociale des techniques » parait ambiguë ou maladroite car elle sous-entend la formation de techniques en dehors du corps social et de ses structures. Il nous semble donc plus important de s’interroger sur les modalités de transformations sociales auxquelles participent les techniques d’information et de communication. Il s’agit des changements d’organisations et d’intéractions, profonds et durables que connaissent les acteurs. En cela, la notion d’insertion sociale des techniques risque d’entraîner une focalisation sur les techniques elles-mêmes, alors qu’il est nécessaire d’identifier les formes d’évolutions sociales en cours, les Tics étant partie prenante de celles-ci, en quelque sorte « incorporant » et « objectivant » les changements en cours.
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