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Tics et secteur agro-industriel

Mis à jour le 22 novembre 2011

André Salançon

Avant que d'apporter des réponses à ce faisceau de questions, je voudrais situer brièvement mon parcours dans l'activité de recherche en information et communication que je résume en trois points.

D'abord, cette activité de recherche recouvre 3 périodes d'activités :
" 80 à 87 à l 'Institut pour le développement et l'aménagement des télécommunications et de l'économie (IDATE) devenu depuis Institut de l'audiovisuel et des télécommunications en Europe (IDATE)
" 96 /2000 Thèse à Grenoble 3 (dir. Bernard Miège)
" depuis 2001 Intégration à la fois
- dans un département d'enseignement celui des sciences économiques et sociales de L'école nationale supérieure agronomique de Montpellier (où je suis rentré en 1993 comme ingénieur d'études dans un département dit de soutien et d'appui à l'enseignement Département culture langues information et communication),
- et dans une UMR MOÏSA (marché, organisations, institutions, stratégie d'acteurs) réunissant un ensemble de 40 chercheurs et enseignant-chercheurs, 13 ingénieurs et 45 doctorants issus de disciplines telles que l'économie institutionnelle, les sciences de gestion, (marketing et analyse stratégique) et socio-anthropologie du développement appartenant à 4 institutions de recherche : INRA, IAMM, Cirad, IRD

Ensuite, cette activité de recherche a traversé et connu deux environnements d'innovations technologiques : la télématique puis Internet

Enfin, elle s'est assez vite orientée sur les problématiques d'insertion des TICs dans les organisations pour se concentrer dans les dix dernières années sur les organisations et entreprises du secteur agricole et agro-industriel.

1/ Réflexion faite, quel(s) vous paraît (paraissent) être l'acquis (les acquis) théoriques de la recherche que vous menez ?

Les références théoriques aux études conduites dans la première période s'inspiraient largement des problématiques du changement social et de l'expérimentation sociale par le biais des technologies d'information et de communication avec de nombreuses évaluations de services ou études de faisabilité dans plusieurs secteurs d'activité en privilégiant la recherche sur les logiques (d'offre/d'usage) à l'œuvre dans ces processus d'adoption / insertion des TICS.
Dans un deuxième temps - celui de la recherche engagée dans la thèse - je me suis concentré sur la rationalité des acteurs comme facteur explicatif des écarts constatés entre les prévisions et les réalisations dans l'appropriation des TICs au sein des organisations professionnelles agricoles.
L'hypothèse principale défendue à consister à dire que l'insertion des TICs
- S'inscrit dans la problématique de l'interdépendance entre le social et la technique dont elle est en quelque sorte un sous-ensemble,
- Participe d'un vaste et profond mouvement de transformation, de modernisation, de rationalisation de ce secteur d'activité sous l'influence de modèles sous-jacents au développement des TICs
- Résulte principalement des stratégies d'acteurs construites pour faire face aux contraintes et aux enjeux des mutations économiques et sociales de ce secteur d'activités.

Dans cette optique, j'ai explicitement fait appel aux concepts de l'analyse stratégique par l'acteur (Crozier, Friedberg). Mais il va sans dire que la question théorique centrale - à laquelle j'ai tenté de répondre - est bien celle de savoir en quoi les TIC sont des techniques de gestion de changement social à la disposition d'institutions sociales pour citer Bernard Miège. D'ailleurs le titre et le sous-titre de la thèse indiquent la direction de recherche : La médiatisation technologique défiée. Nouvelles technologies d'information et de communication et mutations de l'agriculture. Enjeux et stratégies d'acteurs en Languedoc Roussillon (1978/1998).

Les acquis de cette recherche en effet étaient les suivants (je cite) :
- Les TICs ne sont pas porteuses de changement par elles-mêmes en raison notamment des facteurs contingents de projets.
- Les TICs s'insèrent durablement dans le fonctionnement des organisations professionnelles agricoles dans la mesure où elles sont intégrées à un projet d'action stratégique de la part d'acteurs en situation de changement et capables de maîtriser les contraintes des innovations.
- L'insertion des TICS est sous une double dépendance : celle des stratégies des acteurs producteurs de services d'information et de communication innovant, celle des paradigmes visant une agriculture parfaite
- Les échecs ou insuccès constatés représentent aussi bien un refus des TICs qu'un refus des modèles de fonctionnement implicitement contenus dans les applications télématiques.

Les acquis de cette recherche ne me semblent pas démentis par deux études réalisées depuis. L'une centrée sur les TIC dans les entreprises agro alimentaires de la région Languedoc Roussillon ; réalisée en 2003, conclue notamment sur deux points :
- Adopter les TICs revient souvent à saisir des opportunités pour maîtriser des contraintes
- Usages des TICs, enjeux de l'information et stratégies d'acteurs : un trio inséparable réactivé

L'autre centrée sur des porteurs de projets de commerce électronique, réalisée en 2005, conclue que pour la mise en oeuvre d'une application de commerce électronique il y a nécessité de (re)définir, avant tout, l'enjeu commercial et plus largement de mettre en place une nouvelle stratégie de développement de l'entreprise.

Prenant appui sur ces trois études, je dirais qu'elles confirment un acquis théorique important selon moi.
Malgré les pressions du déterminisme technologique ambiant qui demeure une valeur largement répandue pour expliquer l'insertion des TIC, la rationalité de l'acteur dans le champ des organisations demeure un facteur influant si ce n'est déterminant dans l'insertion des Tics, argument qui est souvent peu reconnu par ceux qui en sont les principaux acteurs.

Dans les faits, une stratégie " prudente " apparaît dans de nombreuses situations où les acteurs sont à la fois attirés par l'innovation souvent représentée comme solution possible et méfiants, sceptiques ou distants à l'égard des Tics malgré le foisonnement de l'offre.
D'où, on peut conclure à l'existence d'une rationalité paradoxale de l'acteur en matière d'adoption des TIC.

Mais ces acquis appelle un approfondissement pour caractériser plus fortement l'insertion sociale des TIC. En prenant en compte trois mutations en cours dans le secteur agro-alimentaire :
" Les tentatives d'appropriation du vivant par des groupes agro industriels mondiaux,
" Les progrès de l'activité de la recherche agronomique (clonage, OGM, agriculture de précision),
" Les mutations dans l'encadrement même de l'agriculture qui passerait d'un encadrement public à un encadrement par le marché (réforme PAC….)
On peut penser que ces tendances cachent en fait des logiques sociales telles que la prégnance/prévalence/primauté de l'économique dans les activités sociales (cf. le phénomène de marchandisation de l'information). Cet angle d'analyse mériterait une plus ample démonstration….

2/ Ces acquis sont-ils limités au champ choisi ou à la période d'investigation, où peuvent-il être étendus ? sous quelles conditions ?

Les domaines d'applications contiennent quelques spécificités liées aux objets de ce secteur d'activité. Mais ces acquis ne me paraissent pas limités au champ des organisations agricoles et agroalimentaires et encore moins aux périodes où les investigations ont été réalisées
Les recherches engagées dans deux environnements technologiques différents ne font pas apparaître des différences de fonds dans les logiques d'insertion des TICs identifiées.
De toute évidence, les organisations sont soumises à des pressions de leur environnement qui les oblige à se soumettre à des réglementations formelles ou informelles pour se maintenir ou se développer. Le dernier exemple est celui de la traçabilité des productions agricoles et agroalimentaires et des processus qui offrent de nouveaux champs d'investigation.

3/ (éventuellement) Faites-vous le constat d'insuffisances méthodologiques ? lesquelles ?

l'articulation d'enquêtes qualitative et les résultats d'enquête quantitative pour leur donner plus de crédit, de poids ?

4/ (éventuellement) dans votre travail, la démarche et le soutien du Gresec vous semblent-ils réducteurs, incomplets, pertinents, à approfondir, etc. ? d'autres démarches ont-elles eu / ont-elles votre préférence ?
N'ayant pas réussi à trouver dans mon environnement institutionnel immédiat de chercheur abordant la problématique de l'insertion sociale sous une approche infocom, j'ai établi des contacts et quelques relations avec des membres du groupe Org and Co de la SFSIC et des enseignants-chercheurs de l'ESC de Toulouse qui ont développé une approche qualitative dans leur recherche et qui ont un programme avec un laboratoire Québécois axée sur la performance des PME grâce aux TICs . Pour autant n'ont pas débouché sur des projets de collaboration durable.
Alors il a, peut-être, place pour une relation avec le Gresec au-delà de ces journées ?

5/ La situation présente est-elle marquée par des traits (radicalement) nouveaux ? Lesquels ? Est-ce que la nouvelle phase de développement des Tics qui a (apparemment commencé en 2003/2004) doit être envisagé dans des termes rompant avec ce qui a été établi antérieurement ?

Le fait est que, dans les organisations, l'équipement informatique n'est plus un phénomène marginal axé sur les applications de gestion l'informatique. En tant qu'outil de gestion dans différentes domaines a acquis droit de cité (cf. les statistiques d'équipement).
Mais, j'observe une différenciation entre les outils de gestion de données en interne et les outils de communication ou d'échanges d'information (en amont et en aval) qui ont du mal à être adoptés dans les PME et TPE, exception faite de la messagerie dont l'usage se calque sur celui d'autres technologies et n'exige pas un effort d'adaptation particulier aux dires des adeptes et ce, malgré les chiffres du e-commerce qui sont annoncés triomphalement dans les revues spécialisées ce qui tendrait à réduire les craintes , à amorcer une relative confiance, à dédramatiser le retard, à déculpabiliser…

6/ Comment avez-vous envisagé/ envisages-vous de valoriser vos recherches ?

La valorisation de mes travaux prend des voies classiques :
Rapport (éditions UMR)
Communication lors de colloques (Inra, Clermont Ferrand)
articles en ligne (site UMR, revue électronique Cyber gestion, revue de l'association francophone de management électronique, archive SIC)
Chapitre d'un ouvrage collectif (Bacchus 2006)
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