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Tics et santé

Mis à jour le 22 novembre 2011

Hélène Romeyer

J’ai la lourde tâche de vous présenter ici les travaux de plusieurs chercheurs du Gresec ayant tous trait au domaine de la santé. Tout d’abord, étude menée par Isabelle Pailliart, Bernard Miège et Sylvie Tarozzi en 1997, sur les premiers pas de la communication mobile professionnelle ; Puis, l’ensemble des travaux de Dominique Carré sur les médiations technico-culturelles et la régulation sociale de la diffusion des TIC (de 1994 à 2002). Et enfin quelques éléments sur le post doctorat que je mène actuellement pour l’Institut National du Cancer et qui s’interroge sur les mutations de la relation médecins patients, et la maîtrise de l’information médicale.

Le secteur de la santé est à la fois sensible aux nouvelles technologies et centré sur des pratiques professionnelles très hiérarchisées et traditionnelles. C’est un secteur éclaté du fait de la multiplicité des intervenants, mais marqué par des relations souvent en négociation ou en concurrence entre les uns et les autres, dans l’offre d’un même service.
Secteur aussi marqué par l’importance des déplacements, que ce soit des médecins, des malades, ou des données.
Globalement, et ce que montrent ces trois groupes de travaux, c’est que l’insertion sociale des techniques d’information et de communication dans le domaine de la santé concoure à la fois à la redéfinition des prérogatives des établissements de soins et des médecins, redéfinition des relations avec les organismes de tutelles et les champs professionnels des différents intervenants, ainsi qu’à terme la redéfinition de la relation avec le patient-usager.

1 – Les acquis théoriques
En 1997, trois acquis principaux marquent l’étude sur l’intégration des communications mobiles dans l’entreprise :
- les mutations des pratiques professionnelles : avec la porosité progressive entre lieux de travail et domicile, et la flexibilité des horaires se renforce une évolution des formes de rattachement spatial et temporel des personnels par rapport à leurs employeurs ; Les formes de commandement et les mécanismes de prise de décision se voient également transformés avec à la fois une auto-organisation et l’émergence de nouvelles formes de rationalisation de l’activité professionnelle ;la gestion des questions de confidentialité et de piratages ; la réorganisation des collectifs de travail allant vers une plus grande individualisation des tâches.
- La mise en réseau du travail : avènement d’un nouvel espace temps dicté par les contraintes de l’architecture de réseaux techniques de télécommunication. A cet espace correspondent de nouveaux modes d’organisation et de nouvelles solidarités, plus largement un réaménagement des flux de communication et des rapports sociaux dans la sphère professionnelle.

Dominique Carré et ses différents collaborateurs (Panico, Gricis, Labsic, Gresec), a quant à lui replacé ses travaux dans le courant de modernisation de la santé impulsé par les pouvoirs publics en France.
Il s’intéresse à la mise en œuvre de dispositifs technico-organisationnels de santé ayant massivement recours aux technologies de l’information et de la communication. Le principal acquis de Dominique Carré est d’avoir montré que la mise en réseau du soin et la télémédecine procèdent d’une seule et même logique et sont tout à la fois résultats et moteurs de la modernisation alors en cours du secteur de la santé. [Carré, Panico, 2000, p.9-10]
Pour ce faire, il propose un nouveau paradigme en 2002, dans son HdR, pour repenser l’ISTIC en abandonnant toute référence aux notions de « TIC » et « d’usagers ». Il développe le paradigme de « régulation sociale » qui se situe à la croisée de 4 logiques contradictoires : « une logique technique (les possibilités techniques), une logique économique (utilisations rentables des techniques), une logique organisationnelle (fixant les contraintes d’utilisation des techniques) et une logique sociale (lieux de manifestations des besoins, des désirs des contestations, du débat). La régulation sociale permet ainsi de réintroduire le questionnement autour de la finalité, du débat contradictoire, donc des acteurs sociaux. [Carré, 2002, p.90]

De mon côté, une partie de mon travail post doctoral porte sur l’information médicale en ligne et sur l’utilisation des pages personnelles, des forums et des blogs par les malades du cancer. Cette mise en ligne de l’information médicale et l’utilisation du Net comme médiation dispositive provoque quelques bouleversements.
Ainsi, pour les patients, c’est la multiplication des sources d’informations possibles sur un maladie ou un traitement ; c’est une offre gratuites d’informations pléthoriques ; ce sont des sites de toute natures (université, centre de recherche, association de patients, laboratoires, etc.) ; et la possibilité d’avoir d’autre avis et conseils auprès de médecins « en ligne ».
Pour les médecins, c’est la possibilité de multiplier les échanges professionnels, l’exercice est donc moins individuel ; l’apparition d’une possibilité quasi continue de formation en ligne.
Ce que seront peut-être les apports de cette recherche quand elle arrivera à son terme le 1er octobre 2006 :
- la lutte pour la maîtrise de l’information médicale : l’offre d’information médicale s’est non seulement développée quantitativement mais sa production échappe désormais au seul secteur médical ; production et diffusion de l’information médicale sont pléthoriques.
- la mise en réseau du travail des médecins : avec la création de bases de données, avec la mise en ligne des dossiers des patients, mise en ligne des conférences de consensus, les forums de sites réservés aux praticiens où l’on échange des expériences cliniques, etc.
- l’individualisation des pratiques de recherche d’information par les patients-usagers : un patient plus informé qui n’hésite pas à aller chercher de l’information en dehors de son médecin traitant, et même, à confronter les informations fournies par son médecin à celles qu’il trouve sur Internet.

2 – Limités au champ ou à la période d’investigation
Si ces travaux ne sont pas minimisés par l’époque de leur réalisation il faut noter que l’étude de 1997 est fortement marquée par la période de développement du téléphone portable. 1997 c’est d’une part un contexte de croissance du marché de la téléphonie mobile professionnelle après une certaine stagnation du marché français. C’est d’autre part, une étude qui s’insère temporellement dans un vaste mouvement d’informatisation de la société qui encourage alors le développement d’une gamme diversifiée de TIC. Enfin, l’innovation technique « téléphone mobile » venait d’entrer dans sa phase 3 si l’on reprend le schéma des pratiques de construction des usages sociaux, c’est-à-dire celle des utilisations récurrentes intégrées dans la quotidienneté.
Concernant D. Carré, ses travaux sont très liés aux différentes lois de modernisation et décisions politiques d’insertion des TIC dans le domaine de la santé, elle-même fortement dépendant d’une logique de recherche de diminution des coûts de la santé en France.
De notre côté s’il est un peu tôt pour évaluer l’impact de l’époque sur cette recherche, il est fort probable que la production et la diffusion de l’information médicale est lié au développement du hors média, aux mutations des industries culturelles et notamment à celles touchant l’édition médicale, ainsi qu’aux importants enjeux économiques liés aux dernières découvertes scientifiques affectant les laboratoires pharmaceutiques : carte du génome, brevet de vaccins, blockbugster issus des nanobiotechnologies (un médicament générant plus d'un milliard de dollars de chiffre d'affaires par an), etc.

3 – Insuffisances méthodologiques
N’ayant pas moi-même mené toutes ces recherches je ne peux pas véritablement répondre à cette question. Ce qui semble pourtant flagrant c’est que le domaine de la santé est à considéré comme un secteur professionnel à part entière et les hôpitaux doivent être abordés comme des entreprises. Ceci signifie qu’étant donné les enjeux économiques de ce secteur, une approche si ce n’est économique au moins socio-économique est nécessaire pour comprendre les mutations.
Sans doute, dans les deux premières études, mais parce que ce n’était pas l’objet, l’utilisation des TIC par le patient-usager ou les incidences de l’ISTIC sur ce patient-usager n’ont-elles pas assez été mis en évidence. Sans doute que ces deux études sont ici victimes de leur époque d’analyse où le patient n’était pas au cœur des travaux sur la santé. C’est aujourd’hui que le patient-usager et son rapport aux TIC’s pourraient être envisagés.

4 – Démarche travail et soutien du Gresec vous semble : réductrices, incomplètes, pertinentes à approfondir ?
L’intérêt des travaux du Gresec quant à l’Istic dans le domaine de la santé est de s’être intéressé à la fois aux processus d’intégration et d’appropriation des techniques et aux interrogations auxquelles les techniques renvoient (en replaçant les stratégies d’acteurs, et l’inscription des innovations techniques dans un temps long) ; les différents travaux ont également su considérer la santé à la fois comme un secteur professionnel et comme un élément politique du système de santé publique, mais aussi comme une interface pour les usagers-patients.


6 - Comment envisagez-vous de valoriser vos recherches ?
Le travail mené par I.Pailliart, B.Miège et S.Tarrozi a donné lieu à plusieurs rapports et débouché sur un financement de thèse pour Sylvie Tarrozi.
Dominique carré a publié une synthèse de ses travaux dans un ouvrage reprenant les grandes lignes de son Habilitation à Diriger des Recherches.
Le post doctorat pour l’Institut national du cancer a donné lieu à de nombreux articles dont un dans un numéro spécial dirigé par le Gresec dans la revue Questions de communications, le n°11, paru en juin 2007 .
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