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[ Université Grenoble Alpes ]

Groupe de recherche sur les enjeux de la Communication Groupe de recherche sur les enjeux de la Communication

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Conclusion

Mis à jour le 22 novembre 2011

Journées ISTIC

Nos objectifs, finalement, étaient assez simples : il s’agissait tout à la fois de bien identifier les caractéristiques centrales de nos approches respectives, de procéder à un bilan scientifique et d’évaluer autant que possible la récurrence de nos apports et de nos analyses. En d’autres termes, il apparaissait indispensable de porter un regard sur dix ans d’une activité scientifique fournie sur cette thématique en tentant d’en apprécier les spécificités et de mettre en évidence ce que nos travaux ont en commun.
Comme attendu, après ces échanges fort riches, il en résulte des confirmations, des compléments, quelques questions que l’on doit considérer comme « en suspens » et …des interrogations nouvelles.

Un certain nombre de marques de fabrique ont été réaffirmées ; citons- les dans le désordre :
  • la contextualisation, ou plus exactement la mise en situation, en inscrivant les développements de l’information – communication dans les évolutions marquant les champs ou les domaines faisant l’objet des travaux , à savoir la santé, l’éducation et la formation, la communication publique territoriale, et dans une moindre mesure les organisations de travail et les médias.
  • # le souci de procéder au repérage des discours des acteurs, des acteurs « majeurs » (Etat, groupes, etc.), mais aussi des usagers, en ce qu’ils sont :
- des indicateurs d’univers de référence,
- des éléments constitutifs à part entière des Tic, à titre de discours de la promesse, même si on doit s’interroger sur leur efficience et sur leur cohérence symbolique,
- et des contributeurs actifs à la formation des usages.
  • la mise en évidence des stratégies (et donc aussi des tactiques) de ces mêmes acteurs, en ce qu’elles :
- révèlent des logiques sociales à l’œuvre, et bien sûr avant tout les logiques sociales de la communication dont elles ont aidé au repérage (les stratégies agissent tout en étant agi par ces logiques) ;
- permettent de repérer les structurations, négociations et déplacements des enjeux de toutes sortes qui s’expriment à l’occasion des avancées du secteur de l’information – communication.
  • le repérage des processus de formation des usages sociaux des outils et autres produits associés relevant des Tic, avec il est vrai un accent tout particulier mis sur la relative imprévisibilité des usages (jusqu’à leur stabilisation du moins) et la récurrence d’innovations ascendantes (mais s’agit-il bien d’innovations ?)
  • le souci de rattacher les observations et les analyses à une temporalité précise, et notamment à la longue durée, mais sans exclusive, afin d’échapper aux effervescences du court terme et surtout de prendre au sérieux ( ?) la question de la stabilisation des usages grâce à la périodisation de nos observations.
  • la recherche, un peu désordonnée et pas toujours marquée, d’une articulation des travaux sur les Tic entre les différents axes du laboratoire; mais cette recherche, si elle a été effective avec ICI et MEP, a été insuffisamment coordonnée avec CRISTAL.

Ce que l’on peut tenir pour des acquis scientifiques et des apports partiels, est loin d’être négligeable mais ne peut prétendre former une théorie cohérente ; on peut donner une liste de ces apports, et quasiment dans le désordre :
  • la correspondance entre l’émergence des Tic et leur développement, avec les changements organisationnels et les mutations des pratiques informationnelles, culturelles et communicationnelles. Cette correspondance est souvent traduite par la caractérisation de l’accompagnement des changements et des mutations.
  • la mise en rapport des Tic avec les pratiques sociales informationnelles, culturelles et communicationnelles, et leur tendance à l’individualisation. Cette perspective, si elle n’a pas été conduite avec suffisamment de détermination et de « lucidité théorique », est propre au Gresec, et elle permet d’échapper aux pièges du dogme très prégnant des usages.
  • corrélativement, la relation établie (notamment dans le champ de l’éducation- formation) entre les Tic et la formation en cours des (nouvelles) compétences communicationnelles ou normes d’action communicationnelle.
  • l’insistance sur la contribution des Tic à l’industrialisation de l’information, de la culture et des communication et la perspective d’un déplacement vers les contenus [ces deux aspects provenant d’ailleurs plus des travaux de l’axe ICI que de l’axe ISTIC].
  • la critique argumentée et …appuyée des discours de la promesse technique (en particulier à propos de la résurgence de la Société de l’information).

S’agissant de la méthodologie de recherche, un certain nombre de traits ressortent de l’examen des travaux réalisés :
  • l’accent mis sur le recueil de données empiriques de terrain (en particulier via des ESD, entretiens semi- directifs, ou des observations in situ) et le travail sur des corpus (pages écran, etc.). C’est ainsi que l’axe ISTIC est celui qui a sans doute donné lieu à la plus grande part de chantiers, surtout avec des enquêtes de terrain.
  • des manques et des carences quant à l’emploi des méthodes d’observation ethnographique et à l’analyse des objets discursifs (en coordination étroite avec les méthodes d’enquête précédentes).
  • le travail commandité a permis de suivre des près les « émergences » de Tic, et les stratégies qui les soutiennent. Il n’a pas dérogé aux règles déontologiques que le laboratoire s’est donné, et a permis de réelles avancées théoriques (il est vrai que certains de ces chantiers étaient inscrits dans la durée). Et finalement, cela a été une bonne chose d’avoir été mis de côté par l’opérateur historique des télécommunications (pour des raisons purement circonstancielles et …anecdotiques, du moins rétrospectivement).
  • le refus d’intervenir dans la conception d’outils et de services a été une pratique constante. Il ne semble pas que cela ait vraiment obéré notre accès aux sources d’information, et nous ait empêché de suivre de près le développement des Tic. Cela nous a certainement évité quelques dérives (facilement observables aujourd’hui) et surtout permis de rester lucides face aux évolutions à venir.
  • un élément nouveau, dont l’importance va se révéler décisive, est intervenu au cours de la période : la mise en œuvre d’une approche (résolument) communicationnelle, dans le cadre des SIC tout particulièrement. Cette perspective ne peut être tenue pour aboutie, et elle n’est pas encore assez partagée au sein du laboratoire ; elle nécessite sans doute de nouvelles collaborations (sémiologie, sciences des organisations, etc.).
  • la valorisation de nos travaux a été insuffisante, malgré des publications, des séminaires et divers Colloques (Téléservices, Penser les usages, Bogues, etc.). Elle déborde à peine de la « communauté scientifique » concernée, et encore semble-elle dispersée, et mal comprise des doctorants. Nous restons trop identifiés à la sociologie (dite) des usages, avec cependant des différences et des échappées.

Un certain nombre de questions sont apparues comme étant insuffisamment traitées et à approfondir ; elles se situent dans la continuité assez directe des travaux menés au cours de la décennie précédente :
  • le rapport au marché et l’examen des logiques marchandes à l’œuvre dans le développement des Tic, non pas tant du point de vue des stratégies des acteurs « majeurs » (ce qui est traité par l’axe ICI), mais sous l’angle des pratiques consommatoires elles-mêmes.
  • la formation des écritures multimédias : si notre relative prise de distance avec cette question, quelque peu prématurée (y compris comparativement à ce que nous envisagions voici dix ans) était justifiée, elle ne saurait être négligée ; c’est une de nos spécificités (à maintenir) de considérer aussi les Tic comme des outils d’inscription des modes de communication.
  • l’information produite (et pas nécessairement éditée) à partir des Tic, au sein des organisations et dans les espaces publics, doit retenir notre attention ; c’est une façon d’envisager (en liaison avec l’axe ICI) le procès d’informationnalisation.
  • dans quelle mesure et sous quelles conditions les connaissances que nous produisons sont-elles universalisables et dépassent-t-elles le cadre « européen » ? quels rapprochements sont envisageables, au-delà des questions d’ordre méthodologique ?
  • et, conformément ce qui a été indiqué précédemment, l’approche communicationnelle : elle demande à être mieux précisée et suppose une réflexion d’ordre méthodologique ainsi qu’une distinction clarifiée avec les approches spécifiquement disciplinaires.
Enfin, émergent des interrogations majeures, qu’il nous appartient de prendre en compte d’une façon ou d’une autre :
  • qu’en est-il des relations entre l’ordre de la technique et les médiations sociales, culturelles et politiques (cette question est plus ou moins envisagée dans les 3 projets que nous conduisons dans le cadre du Cluster 14, le colloque Meotic, etc.) ? Elle devrait être envisagée per se.
  • dispose-t-on d’une approche suffisamment pensée de l’innovation ? En quoi se différencie-t-elle des changements et des mutations ? L’innovation inclut-elle nécessairement un rapport à la technique, une inscription dans un support technique ?
  • l’ambiguïté du syntagme Tic ne doit-elle pas nous …inquiéter ? Dit autrement, en quoi les Tic participent-elles du domaine médiatique, et en quoi lui demeurent-elles extérieur ?
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